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SAISON 5 VIRTUELLE - Bon baisers de Proxima. 2, pour le pire
 
 
Ecrit par : Kylie Lee
Traduit par : Laurent
 
V.O. publiée le 17 mars 2006
V.F. publiée le 01 mai 2007
 
    Bon baisers de Proxima. 2, pour le pire
 
"Une guerre", répéta le Commandant T'Pol d'un ton froid.
Malcolm Reed, le chef de l'armement, hocha gravement la tête. "C'est ce qu'a dit Harris. Mais n'oubliez pas qu'il s'agit d'Harris. Ce n'est pas la plus fiable des sources." Il déposa un petit appareil sur la table tactique située à l'arrière de la passerelle. "Il m'a donné ceci. C'est un dispositif de communication. C'est à usage unique et indécelable. Il a suggéré que nous l'employions pour convenir d'une réunion avec lui."
Le Capitaine Jonathan Archer saisit le communicateur et l'examina. "Vous y croyez, Malcolm? Que les Romuliens sont sur le point de déclarer la guerre?"
Reed n'arrêtait pas de se poser cette question depuis son entrevue le matin même. Harris était intrinsèquement non-fiable, Reed le savait. Mais il se rappelait l'allure d'Harris quand il avait dit, "je sais que vous ne me croyez pas, Malcolm, mais je suis un patriote. Un vrai patriote." Harris l'avait déclaré de façon légère, mais la force de sa passion avait transparu au travers. Les propres contacts de Reed avec Harris par le passé lui avaient montré que la section 31 était tout pour l'agent. Si Harris la quittait, cela ne pouvait que signifier qu'une raison impérative l'empêchait d'y rester. Et Reed détestait imaginer ce qui avait bien pu précipiter ce genre de décision. Une raison sombre, très sombre, assurément.
"Harris y croit. J'en suis convaincu", répondit Malcolm. "Mais je ne peux simplement pas faire confiance à Harris. Il a tendance à pécher par omission."
"Un grave défaut", convint T'Pol tout en prenant le communicateur que lui tendait Archer.
"Je déteste l'idée de travailler une nouvelle fois avec lui." Reed se pencha au-dessus de la table. "Mais je ne vois aucune autre alternative." Il leva la tête aux mouvements de T'Pol, mal à l'aise. "Y a-t-il un problème, commandant?"
"Non." T'Pol reposa le communicateur sur la table. "La technologie en est définitivement Centaurie. Et mes recherches montrent qu'Harris travaille sur Proxima comme serveur depuis deux semaines. C'est un délai suffisamment long pour que quelqu'un comme Harris se procure un tel dispositif."
"Vous avez raison." Reed tapota sur le dispositif. "J'ai vu ces appareils dans la vitrine d'un magasin hier, quand nous sommes allés dîner dehors. Ils sont produits en série, et ils font fureur." Il sourit. "Ils existent également en rouge, jaune ou vert."
"Bon, cela ne nous aide pas", soupira Archer. "D'accord, voici ce que nous savons. D'abord, le commandant Tucker s'est fait placer quelque chose dans le cerveau, des informations qui restent à ce jour inconnues de nous. Ces informations lui ont été retirées il y a environ dix jours par des Klingons qui travaillaient avec Harris."
"Sauf qu'Harris ne travaille plus pour la section 31", lui rappela Reed.
T'Pol fronça légèrement les sourcils. "Il y travaillait vraisemblablement encore quand le commandant Tucker a été enlevé et retenu plusieurs jours à bord de la Base Stellaire Une. C'est à ce moment que les informations ont été implantées dans son cerveau."
Reed n'avait pas réfléchi aux choses sous cet angle, mais il comprit immédiatement le point de vue de T'Pol. "Alors Harris aurait volé ces informations à la section 31?" C'était censé, mais, pensa Reed irrité, il aurait été encore plus censé qu'Harris lui dise en quoi consistaient ces informations.
Archer secoua la tête. "Et le docteur Phlox me traite de paranoïaque en voyant en Trip un danger pour notre sécurité. Oubliez les risques que représente Trip, nous devons juste le garder hors d'atteinte de la section 31. Je préfèrerais que mon ingénieur en chef ne soit plus kidnappé. Et si Harris n'est plus de la section 31, nous n'avons plus personne dans la place."
"Je déteste penser ce qu'elle ferait si elle se rendait compte que ces informations ont été volées", réfléchit Reed. Il avait affecté certains de ses meilleurs hommes et femmes à la surveillance discrète de Tucker quand l'ingénieur était sur Proxima, comme aujourd'hui lors de ses réunions et de ses excursions avec Rao Maas, l'ingénieur Centaurie qu'il avait rapidement considérée comme une amie. Il nota mentalement de garder Tucker sous étroite surveillance même à bord du vaisseau. Tucker n'allait pas aimer cela. Mais Reed avait trop peur de l'efficacité de la section 31. Il en avait vu trop de démonstrations, depuis le piratage de communications censées inviolables jusqu'à la prise de contrôle de consoles de téléportation. Une agence secrète au coeur même de Starfleet signifiait que tous les dossiers top-secrets, comme les vaisseaux, les communications, ou encore le contrôle des codes de téléportation, tout pouvait lui tomber dans les mains. Reed était confronté à un cauchemar de sécurité. En temps habituel, il adorait de tels défis, mais Tucker était un ami proche.
"Je suis sûr que la section 31 a Trip dans le collimateur", déclara Archer, ce qui tira Reed de son pensées. "Ils viendront le chercher quand ils seront prêts."
"Et nous n'avons aucune idée du moment où cela arrivera", ajouta Reed.
"Je suis également préoccupée par le bien-être du commandant Tucker", fit T'Pol. "Cependant, la menace Romulienne doit être notre première priorité. Monsieur Reed, préconisez-vous une réunion avec Harris pour mettre au point une stratégie?"
Reed haussa les épaules. "Je déteste l'admettre, mais je ne pense pas que nous ayons le choix."
"Je suis d'accord." Archer poussa l'appareil de communications vers Reed, qui le remit dans sa poche. "Occupez-vous en, Malcolm. Et gardons cela en petit comité, vous, T'Pol et moi."
"Il y a également la question des Boomers que l'Enseigne Sato a vus avec le capitaine Hendry", leur rappela T'Pol. "Je suis de l'avis de Monsieur Reed, il est logique qu'il y ait un rapport."
Archer hocha la tête. "C'est évident. Je mettrai Travis Mayweather au courant de ça. Il passera complètement inaperçu en cherchant à questionner les Boomers sur le sujet. L'un d'entre eux laissera peut-être échapper quelques informations."
Reed réprima un sourire. Ce genre de mission était parfaite, juste dans les cordes de Mayweather qui, avec son éternel air innocent, incitait les gens à lui faire des confidences. Reed avait appris à ses dépens à ne pas faire confiance à l'innocence de Mayweather pendant leurs parties de poker. Et naturellement, les Boomers sauteraient sur l'occasion de pouvoir parler à l'un des leurs.
"Et il y a aussi les négociations", ajouta Reed. "Les Romuliens sont attirés par ce genre d'événement. Je suis sûr qu'ils vont nous causer des ennuis."
"Je pense que nous pouvons compter dessus", conclut T'Pol.
 
******
 
L'Enseigne Hoshi Sato feignait de prendre des notes tout en étudiant les délégués assis autour de la table des négociations. Ses services de traducteur n'étaient pas nécessaires, toutes les races représentées, Terre, Proxima du Centaure, Tellar, Andoria, Vulcain et la Triaxe Dénobulienne, de même que les langues des Boomers, étaient parfaitement traduites par le TU. Elle était assise aux côtés d'Archer et tenait le rôle de conseillère. Elle écouta soigneusement les mots employés par les délégués, les nuances des langues originales que le TU manquait. Sato ne travaillait pas qu'avec les langages, elle étudiait les gens. Son sens inné de reconnaissance de la grammaire, combiné avec sa connaissance parfaite des éléments linguistiques de dizaines de dialectes, transposaient pour elle facilement le coeur des paroles, les mots. Ce qui l'intéressait ici, c'était le reste, caché derrière.
L'Ambassadeur Soval, unique délégué Vulcain, sans même un aide, était fidèle à son caractère habituel, pragmatique et direct. Curieusement, il avait choisi de parler en anglais et non en Vulcain. Soval connaissait bien cette langue après les nombreuses années passées sur Terre, il le parlait sans accent. Sato suspectait que c'était une stratégie pour aplatir toute nuance. Cette information était en elle-même intéressante. Sato l'étudiait pendant qu'il terminait une longue exposition historique sur les itinéraires marchands historiques Vulcains, rappelant et renforçant les droits des Vulcains sur les routes spatiales qu'ils employaient depuis des siècles, et que les Vulcains ne considéraient pas comme négociables, au désespoir des Andoriens et des Tellarites. Soval n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Sato se rappelait la veille, quand il était parti immédiatement après la conclusion des négociations, sans même rester au buffet du soir ni même serrer la main à ses collègues. Sato était inquiète, ce comportement antisocial signifiait beaucoup pour elle, en particulier parce qu'il avait exhibé le même comportement à bord de l'Enterprise. Il avait passé la majeure partie du voyage vers Proxima du Centaure dans ses quartiers. Il ne semblait pas différent de l'habitude, mais Sato se demandait s'il n'était pas malade.
L'étude de Sato des délégués lui avait appris que le commandant Shran était vraiment et profondément amoureux de sa compagne Aenar, Jhamel. La belle femme aveugle semblait ignorer ses attentions envers elle, ses petites courtoisies, sa tendance à incliner la tête vers elle quand elle parlait. Elle restait assise, calme et fière, prenant rarement quelques notes sur sa tablette informatique, un appareil que Sato mourait d'envie de lui emprunter pour comprendre comment une culture entièrement aveugle enregistrait ses données. Sato supposait que Jhamel retournait à Shran ses émotions, mais discrètement. Le langage du corps avait peu de signification quand ceux qui vous entouraient ne pouvaient rien y voir, et Jhamel avait tendance à toujours se tenir parfaitement droite. Mais ses émois avaient certainement quelque chose à voir avec le fait que l'Andorien à la peau bleue ne sautait pas sur ses pieds à la moindre provocation, généralement issue de l'un des délégués pugnaces Tellarites.
Après avoir découvert hier que les Boomers étaient impliqués d'une façon ou d'une autre avec le capitaine Hendry, un sombre personnage avec lequel l'Enterprise avait eu des déboires, Sato étudiait plus soigneusement les deux délégués Boomers. Les deux femmes, Jacqueline Kearney et Elizabeth Franklin, venues de deux navires Boomers différents, étaient assises ensemble et échangeaient de temps en temps des remarques entre elles par tablette interposées qu'elles se repassaient sans cesse. Kearney, une femme solide et forte aux cheveux aussi minutieusement tressés que ceux de Jhamel, tenait le rôle de premier négociateur et parla la majeure partie du temps. Franklin, une ancienne championne de handball zéro-g, semblait entretenir sa forme physique. En dépit de d'une allure mince, Sato voyait les muscles saillants. Et pendant la pause, Sato avait noté sa stature sportive.
Les Boomers ne cherchaient pas à avoir de droits exclusifs sur les routes à la manière des Vulcains. acceptant le partage commercial de toutes les routes. Ils cherchaient plutôt à formaliser leur système à longue distance de vaisseaux cargos, pour que ceux qui souhaitaient acheminer des marchandises sur de longs parcours puissent profiter d'un passage de navire Boomer en navire Boomer d'un bout à l'autre, jusqu'à destination. Ils espéraient profiter des souhaits des capitaines de cargo d'éviter les long-courriers, difficiles à vivre pour tout l'équipage, et créer à la place une série de routes courtes et pérennes. Ils reconnaissaient cependant que certaines cargaisons exigeaient des transports d'un seul tenant, mais faisaient remarquer que ceux-ci pourraient être assurés par la minorité de cargos Boomers qui préférait ces longs voyages solitaires. Et naturellement, les Boomers n'étaient pas les seuls à faire du commerce de transport. Mais Sato voyait bien que les Boomers essayaient, par ces négociations, de devenir les partenaires obligés des transports spatiaux cargos. Des négociations réussies, un accord commercial scellé, créeraient probablement un monopole de transport. Sato était certaine que les Boomers avaient tout à gagner de ces négociations, y compris une légitimité en tant qu'entité sociopolitique unifiée et indépendante de la Terre.
Les deux délégués de la Triaxe Dénobulienne, Alora et Card, avaient été choisis par les Dénobuliens en raison de leur relation avec le docteur en chef de l'Enterprise, Phlox, de sorte que les trois puissent se revoir. Alora était en même temps la première épouse de Phlox et de Card, un exemple des coutumes complexes du mariage Dénobulien et de leur structure sociale. En dépit du choix apparemment arbitraire des négociateurs, Sato savait qu'Alora, négociateur en chef, était sinon une experte commerciale, du moins suffisamment compétente dans ce domaine. Les Dénobuliens ne cherchaient pas à obtenir grand chose. Ils voulaient surtout ne pas être laissés pour compte et conserver leurs accords commerciaux avec leurs associés traditionnels et plus proches voisins, les Tellarites.
Sato était perplexe devant les deux délégués de Proxima du Centaure. Bien que les Centauris forment une race totalement séparée des Humains, avec une biochimie différente et d'autres caractéristiques physiologiques, ils ressemblaient beaucoup aux Humains, probablement du fait d'un commerce et d'échanges culturels datant d'un siècle avec leurs voisins proches, les Terriens, et à une forte ressemblance physique. Pourtant, elle les trouvait difficiles à comprendre aujourd'hui. Comme Jhamel, ils restaient assis, tranquilles et droits, et leurs visages n'exprimaient ni colère, comme trop souvent celui de Shran, ni amusement, comme Alora et Card. Une Centaurie présidait également la réunion, Saan Phal, une très vieille femme qui menait les pourparlers de façon stricte avec tout le désintéressement nécessaire, indiquant par là à tous qu'elle n'accepterait aucune malveillance de qui que ce soit, y compris de ses propres représentants. La coutume Centaurie était de taper sur la table du plat de la main pour commander le silence, à la manière d'un juge de la Terre avec son marteau, et elle avait frappé la table de nombreuses fois aujourd'hui.
Les Centauris n'avaient pas grand-chose à mettre dans le panier des négociations. A la différence des Boomers, ils ne commandaient pas un vaste réseau de vaisseaux et de routes. Leur proximité avec la Terre et la supériorité technologique relative des Terriens les avaient gardés la majeure partie du temps dans l'ombre de la Terre. Les Humains s'étaient aventurés dans l'espace plus tôt que les Centauris et avaient de facto contrôlé le secteur. Les Centauris avaient longtemps été vexés par les exigences des Terriens à fixer les limites. Une des raisons pour lesquelles ils avaient demandé les plans des moteurs de distorsion cinq de Starfleet, c'était leur désir de prendre leur envol de leur propre chef et de s'établir en tant que puissance dans leur propre région. A la manière dont leurs négociateurs, un homme appelé Anun Osoko et une femme appelée Zei Sak, prenaient position, Sato avait l'impression que les Centauris recherchaient une légitimité. C'était sans doute la raison pour laquelle ils avaient insisté autant pour accueillir chez eux les négociations.
Elle avait dit à Archer la veille qu'à son avis, les Centauris seraient heureux de tout ce qu'ils pourraient obtenir, du moment qu'ils l'obtiennent de leur propre chef, plutôt qu'avec l'aide des Terriens. Elle avait recommandé que la Terre cède le volume spatial s'étendant autour du système Centaure et signe une convention d'utilisation avec eux à la place, en guise de leur bonne foi. Le coût en serait plus que compensé par la bonne volonté, qui se transformerait probablement en futur appui, plus important, dans des négociations comme celles qu'Archer espérait voir bientôt avec la création d'une fédération de races amies. Et la Terre avait de toute façon beaucoup de sympathie envers le désir des Centauris de retrouver leur autonomie. Après tout, les Humains avaient connu le même genre de situation avec les Vulcains.
Concernant la Terre, Sato ne pensait pas que l'objectif de sa planète natale était un secret. Avec le lancement de l'entreprise, contre l'avis des Vulcains, leurs alliés de longue date, la Terre avait annoncé la couleur. Les Humains débarquaient dans l'espace, et ils étaient disposés à en supporter les conséquences. Même si les conséquences, incluant le conflit avec les Xindis, s'étaient révélées catastrophiques, il n'y avait aucun retour en arrière possible. La Terre, au hasard des circonstances et de sa position stellaire, s'était retrouvée au centre de l'échiquier interstellaire et jouait un rôle prédominant. Et le centre au cur de ce centre était Jonathan Archer, capitaine de l'Enterprise et négociateur malgré lui. Ses rapports personnels avec d'importants Tellarites, Vulcains, Andoriens, Aenars, et même des Klingons, avaient fait de lui une référence de confiance, et le regard pragmatique d'Archer donnait l'envie aux autres de travailler avec lui. Désormais, la Terre cherchait à raffermir cette influence récente et à la transformer en une véritable puissance. La Terre voulait étendre sa sphère d'influence, pour permettre aux navires Terriens et Boomers d'élargir leur territoire, ce qui augmenterait d'autant leurs revenus. Mais par ses communications avec Starfleet et des contacts haut placés, Sato avait également appris que l'avantage monétaire serait sacrifié en faveur d'alliances politiques fortes. Il semblait qu'Archer ne fut pas le seul à rêver d'une alliance unie de planètes. Du fait particulier de la menace Romulienne, la Terre avait besoin de tous les alliés qu'elle pourrait avoir.
Pourtant, la Terre, par la voix du capitaine Archer, perdait patience devant les sempiternels conflits entre les Andoriens et les Tellarites. "Commandant, nous comprenons", fit-il d'une voix forte par dessus les paroles de Shran. "Ecoutez, nous n'avancerons pas si aucun de vous ne se décide à réellement négocier. Je crois que la Triaxe Dénobulienne a marqué un point décisif. Vous ne pouvez pas prétendre à recevoir si vous ne donnez rien."
"Merci", commenta Alora sans aucune trace de frustration ou d'ironie dans la voix.
"Vous devrez alors nous dire pourquoi Andoria devrait abandonner les routes qu'elle a précédemment établies", rétorqua Jhamel, coupant Shran alors qu'il allait exploser. S'il avait été Humain, pensa Sato, il aurait été rouge de colère, et non violacé comme maintenant. "Pourquoi sommes-nous ici, si nous devons tout abandonner pour très peu en échange? Nous pourrions aussi bien nous retirer de la négociation et maintenir le contrat actuel, qui demeure effectif pour encore soixante ans."
"Soixante ans qui verront le paysage politique changer du tout au tout", contre-attaqua Anun Osoko, un délégué Centauri. Il est dans l'intérêt d'Andoria de rester dans le mouvement avec les autres, comme cela l'est pour nous tous. Qui sait ce que sera devenu l'empire Andorien dans soixante ans? Il aura peut-être disparu."
Shran sauta sur ses pieds. "L'empire Andorien disparu? C'est la plus grande civilisation ayant jamais existée", lui répondit-il. Saan Phal frappa sur la table. Il se rassit immédiatement, sachant très bien que Phal ajournerait les négociations s'il essayait de l'ignorer, et elle ne s'en était pas privée depuis l'ouverture des pourparlers. Les autres négociateurs lui avaient clairement fait savoir qu'ils n'appréciaient en aucune façon ces ajournements forcés de dix minutes.
"Andoria et Tellar vont rester avec moi en privé", décida Phal. "Je demande aux autres délégués de sortir. Nous reprendrons après le déjeuner, comme prévu." Le ton de sa voix coupa court à tout argument.
Sato se leva avec les autres et rassembla ses affaires. En suivant le regard que jetait Archer derrière lui dans la salle de conférence, elle se heurta à Card, linguiste comme elle. "Est-ce qu'un tel entretien privé est acceptable?" demanda-t-il pendant qu'ils contournaient la table des négociations. Sato nota que les écrans qui retransmettaient les réunions avaient été éteints.
"Je ne pense pas qu'ils négocient", répondit Sato. "Je crois qu'ils vont se hurler dessus pour avoir fait échouer les négociations."
"Très probablement", convint Card. "Je suis moi-même fasciné par les événements. Il est tellement amusant d'observer tous les délégués! Bien que je m'interroge sur l'ambassadeur Soval."
"Ah oui?" fit Sato sur un ton faussement étonné en tournant la tête vers l'ambassadeur. Il se tenait avec T'Pol, qui avait revêtu la longue et lourde robe Vulcaine.
"C'est toujours un plaisir d'observer quelqu'un qui a une telle mémoire qu'il n'a besoin d'aucune note et peut pourtant citer tous les articles, mot pour mot, de chaque accord commercial jamais signé entre les Vulcains et les Humains. Ah, merci." Card prit plusieurs canapés du plateau que tenait un serveur discret, imité dans la foulé par Sato. Il jeta un oeil autour de lui en mangeant. Les Dénobuliens ne considéraient pas comme impoli de parler la bouche pleine. "Et pourtant il est si retiré, si asocial en dehors des pourparlers. Une terrible stratégie de négociation! Et il ressemble si peu aux autres Vulcains que j'ai connus. Ils détestent peut-être assister aux réceptions et aux fêtes, mais j'ai dansé avec quelques dames Vulcaines dans mon jeune temps, et elles se débrouillent tout à fait convenablement."
"L'ambassadeur Soval est très... distingué", fit Sato. Elle ne voulait pas partager ses propres inquiétudes concernant Soval avec Card, en particulier parce qu'elle ne connaissait vraiment pas la raison de l'indisposition soudaine de l'ambassadeur Vulcain. "Il préfère vraiment s'en tenir aux affaires. Mais j'ai dansé avec lui autrefois sur Terre."
"Etait il bon danseur ?" demanda Card.
"Très bon", répondit Sato. Elle était elle-même douée en la matière. "Son épouse était venue en visite, et Vulcain avait organisé une réception à l'ambassade en son honneur. Elle est un parlementaire distingué sur Vulcain et était sur Terre pour affaire. Ils étaient vêtus d'habits traditionnels de leur province, et nous avons dansé quelques dances Vulcaines traditionnelles. Je pense qu'il était très heureux de la voir, aussi heureux qu'un Vulcain puisse l'être, naturellement. En fait, c'était vraiment une fête très réussie."
"Peut-être assistera-t-il à la fête de clôture des négociations", suggéra Card. "Je suppose qu'il y aura une fête?"
Le regard d'Hoshi fut attiré par Amanda Cole. L'agent des Commandos, en civil et avec son badge bien en évidence, s'était levée de son siège en même temps que les délégués. Ils se saluèrent de la tête. Sato reporta son attention sur Card. "Généralement", répondit-elle.
"S'il n'y en a pas de programmée, alors Alora et moi veillerons à l'organiser. Le vaisseau Tellarite sur lequel nous sommes possède une baie cargo qui fera parfaitement l'affaire."
Sato sourit. "J'ai du mal à imaginer les Tellarites en train de danser."
Card réfléchit. "Leur danse ressemble plus à des frappes du pied, mais elle est tout à fait facile à pratiquer une fois que vous avez le coup." Il accompagna ses paroles de quelques sauts bien lourds. "Les Tellarites excellent en musique à percussion, et leurs danses sont dans cet esprit."
Sato essaya d'imaginer un Tellarite danser-taper, quand elle vit le capitaine Archer, qui avait rejoint T'Pol et Soval, lever la main pour attirer son attention. "Gardez-moi une danse Tellarite", dit-elle à Card. "Le Capitaine Archer me demande. Excusez-moi."
"Naturellement", fit Card joyeusement, avant d'attirer vers lui un autre serveur.
Pendant que Sato traversait la salle vers Archer, Soval donna à T'Pol sa bouteille d'eau vide puis se retourna et sortit. Sato fut frappée de la précipitation de l'ambassadeur.
"Monsieur?" demanda Sato en levant les sourcils.
Archer saisit son expression interrogative. "L'ambassadeur Soval est... indisposé", précisa-t-il. "Il retourne à ses quartiers sur l'Enterprise."
"Est-ce qu'il va bien?" demanda Sato. Il semblait que ses inquiétudes concernant Soval étaient bien fondées.
"Le plus soucieux, ce sont les négociations", intervint T'Pol, empêchant Archer de répondre à sa question. Sato comprit qu'elle n'aurait aucune information sur l'état de santé de Soval. "Soval m'a demandé de prendre sa place. Il considère l'attaché Vulcain trop inexpérimenté pour négocier un accord si important."
Archer secoua la tête. "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée", fit-il.
"Cela pourrait en effet poser un problème", convint Sato. "Commandant, vous êtes le premier officier d'un vaisseau de la Terre, et une proche collaboratrice du capitaine Archer, le délégué de la Terre. Pardonnez-moi de vous dire cela, mais je ne pense pas que vous serez considérée comme ayant le recul nécessaire."
T'Pol déposa la bouteille d'eau vide sur le plateau d'un serveur qui passait. "Je n'ai rien à vous pardonner, vous ne m'offensez pas. J'apprécie même plutôt votre franchise. Je vous rappelle à tous les deux que nous autres Vulcains sommes renommés pour notre désintéressement et notre incapacité à mentir. Nous ne sommes pas en conflit. Mon but affiché est de mener ces négociations à l'avantage des Vulcains, dans le respect des accords qu'ont les Vulcains avec les autres races." Elle inclina la tête vers Archer. "Ceci inclut notre politique envers la Terre, naturellement."
Sato voyait qu'Archer n'était pas complètement rassuré par les propos de T'Pol. Vulcain était le plus proche allié de la Terre, et toutes les négociations refléteraient cet aspect des choses. "Soval n'a aucune autorité pour réaffecter mon premier officier", réagit-il. "Il ne peut pas se contenter de... m'annoncer simplement votre nouvelle mission."
"Mais il l'a fait, et je suis disposée à faire ce qu'il m'a demandé, plutôt que de retarder les pourparlers jusqu'à ce qu'un remplaçant approprié puisse venir. Cela ne devrait pas interférer avec mes fonctions de premier officier. Je ne vois aucune incompatibilité." T'Pol rentra ses mains à l'intérieur de ses larges manches et regarda Archer dans l'attente de sa réponse.
Archer resta silencieux un long moment, avant de soupirer, gêné. "Très bien."
"Je vais immédiatement informer les Centaures de ce changement", fit T'Pol. "Veuillez m'excuser." Elle se pencha légèrement, puis se retourna et sortit à son tour.
"Le Commandant T'Pol ressemble tellement plus à un... Vulcain, habillée comme ça", dit Sato. Elle savait que ce n'était pas la peine de redemander des explications à Archer concernant Soval. Archer lui faisait de temps en temps des confidences, mais elle savait que ce ne serait pas le cas cette fois-ci. "Elle a changé de position, et elle se comporte plus formellement."
"Juste comme au bon vieux temps", soupira Archer. "En parlant de position, j'aimerais savoir ce que vous pensez de ce que nous avons accompli jusqu'ici aujourd'hui. Allons manger ensemble, nous établirons une stratégie pour la suite." Il lui indiqua la porte de la main. "Vous préférez retourner sur l'Enterprise ou bien essayer l'un des restaurants locaux?"
Sato emboîta le pas à Archer en sortant dans la rue bondée. "Un restaurant local, sans hésiter", déclara-t-elle. "Je veux m'exercer à la langue Centaurie."
 
******
 
Travis Mayweather tomba sur un assortiment de T-shirts colorés. Son Centauri n'était pas très bon, mais suffisant pour qu'il comprenne que les slogans étaient grossiers, voir même obscènes. Il lui avait semblé étrange que de telles marchandises soient vendues aussi près des négociations, jusqu'à ce qu'il surprenne quelques conversations entre Centauris au sujet des pourparlers. Il semblait que le sentiment populaire allait à l'encontre de tout changement du statu quo. Les inscriptions sur les vêtements n'étaient rien d'autre que l'affichage du sentiment politique du marchand.
Il venait juste de se décider pour un maillot rouge avec le drapeau Centauri brodé dessus, un cadeau pour sa soeur, quand son communicateur bipa. Il le sortit de sa poche et l'ouvrit. "Mayweather j'écoute", fit-il sans enthousiasme. Il s'était attendu à cet appel, mais il aurait préféré qu'il arrive plus tard. Les négociations ne devaient pas reprendre avant une heure.
C'était Amanda Cole. "Enseigne, vos amis viennent juste d'entrer dans un restaurant appelé Tireas pour déjeuner, aux coins de la sixième et de la dix-septième rue."
"Entendu", répondit Mayweather en refermant son communicateur. Il choisit rapidement une chemise en souvenir pour son frère, Paul, vert clair aux inscriptions tout à fait grossières, et paya le tout. Le caissier observa l'uniforme de Mayweather avec un profond mépris, mais ne dit rien.
Mayweather était à la porte du Tireas dix minutes plus tard. Il s'était arrêté pour acheter quelques autres souvenirs, et il portait plusieurs sacs. En entrant, son regard se porta sur une table de cinq personnes, devant la fenêtre, qui parlaient avec un serveur Centauri. "Excusez-moi", fit-il en s'approchant de la table. "Vous devez être de la délégation Boomer. Je suis Travis Mayweather."
"Le Boomer de l'Enterprise!" coupa Jacqueline Kearney. "Sûr!"
"Je vous ai vus par la fenêtre en passant." Mayweather souleva ses sacs. "Je faisais quelques achats, mais il fallait que j'entre pour vous dire bonjour." Il regarda la jeune femme à sa droite. "Elizabeth Franklin, n'est-ce pas? Je suis un de vos plus grands fans."
"Je suis heureuse de voir que j'ai encore des admirateurs", sourit Franklin en tendant la main. Mayweather se pencha pour la serrer.
"Vous voulez rire? Ce match aux Jeux Olympiques contre Klara Sutton!" Mayweather siffla. "C'était quelque chose."
"Mon heure de gloire", admit Franklin. "Ca n'a fait que diminuer depuis lors, j'en ai peur."
"Non", dit Mayweather, pas d'accord. "La Coupe des Boomers l'année suivante, Allons! Votre stratégie a été adoptée par d'autres joueurs de zéro-g. Je pense que c'est votre vraie contribution au sport."
"J'aime bien ce gars", fit Franklin en souriant au reste de la table.
Mayweather, qui était prêt à lui demander un autographe pour renforcer sa stratégie 'grand fan', décida de ne pas pousser si loin. "Mon frère Paul dirige le vaisseau Horizon et je sais qu'il est avec vous à cent pour cent. Il est temps que les Boomers entrent dans l'arène officiellement."
"L'Horizon", réfléchit Kearney. "Oh, bien sûr. J'ai été désolée d'apprendre la mort de votre père. Je ne l'ai beaucoup connu, mais je l'avais rencontré lors de quelques réunions. Sa voix comptait pour nous. Il n'avait aucune réticence à dire ce qu'il avait à dire, direct et déterminé."
"Ouai, lui et moi avons cela en commun", dit Mayweather du tac au tac, faisant rire Kearney.
"Laissez-moi vous présenter à tout le monde", dit Kearney. "Je suis Jacqueline Kearney, mais vous savez déjà cela. Voici mon mari, Blake, et ma fille, Lisa, et ce monsieur est naturellement Léo Osgood."
"Waou", fit Mayweather en tendant la main pour serrer celle d'Osgood. "Le Boomer délégué à l'Assemblée de la Terre? Je ne pensais pas que je vous rencontrerais un jour. C'est un honneur." Il recula. "Je sais que vous avez probablement à parler des négociations, alors je vais vous laisser. Mais j'espère que je vous verrai plus tard."
"Ne soyez pas ridicule", s'exclama Franklin. "Nous avons fini de parler stratégie, nous ne faisons plus que bavarder." Elle indiqua un siège vide. "Il y a de la place, pourquoi ne vous joignez-vous pas à nous? Nous aimerions entendre parler de votre expérience sur l'Enterprise."
"Oui, asseyez-vous", insista Kearney.
"Et bien, d'accord... Mais seulement si vous me racontez l'histoire de votre victoire aux Jeux Olympiques", demanda Mayweather en accrochant ses sacs sur le dos de la chaise vide.
"Ne la lancez pas dans ce sujet", lui conseilla Osgood qui reçut du coup un petit coup de coude taquin de Franklin.
"Avez-vous goûté au 'haou'?" demanda Mayweather en s'asseyant. "Je crois que ça se mange en entrée."
 
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Le Commandant Trip Tucker revenait des confins d'un tube de service. "Ok, j'ai ma dose", admit-il en essuyant ses mains sur son uniforme couvert de poussière et de graisse. Il était si intéressé par ce qu'il avait vu qu'il en avait presque, mais pas tout à fait, oublié son horrible mal de tête, résultat de l'extraction des mystérieuses informations des Klingons placées dans sa tête par la Section 31. On lui avait assuré que les maux de tête et la nausée disparaîtraient rapidement, mais cela ne s'était pas encore produit. "La manière dont vous stabilisez l'antimatière est meilleure que ce que nous faisons. Je l'admets. Vous êtes contente, maintenant ?"
"Absolument", répondit Rao Maas d'un air suffisant. L'ingénieur Centauri, une femme d'une cinquantaine d'années, avait passé la journée à lui faire visiter leurs équipements orbitaux de construction navale. Les Centauris venaient juste de recevoir de Starfleet la technologie de distorsion cinq et étaient intéressés par l'intégration de cette technologie. Tucker avait fait visiter l'Enterprise à Maas la veille, et elle lui rendait cette faveur aujourd'hui. A la gêne de Tucker, une délégation de deux gardes de sécurité les avaient discrètement suivis. Reed avait été intraitable aux protestations de Tucker, et Archer ne lui avait été d'aucune aide non plus. Maas n'avait cependant pas semblé s'en offusquer, elle les avait ignorés de la même manière qu'elle ignorait maintenant le personnel d'ingénierie Centauri au travail autour d'eux pendant leur visite.
"Si vous voulez l'intégrer sur des moteurs de distorsion cinq basés sur les spécifications de Starfleet, votre principal problème sera la source d'énergie", avertit Tucker.
"Ah oui, j'ai vu ça en passant en revue les spécifications", admit Maas. "Il faudra visiblement que nous mettions au point une sorte d'interface."
"Et bien, ça va être un problème difficile." Tucker sortit une tablette de sa poche. "Mais si vous arrivez à le résoudre, je serais vraiment intéressé par le résultat, parce que le confinement de votre antimatière est beaucoup plus stable que le nôtre, avec une tendance beaucoup moins marquée à se rompre." Il plissa les yeux sur sa tablette et jura intérieurement. Son mal de tête l'empêchait de se concentrer correctement dessus.
"Est-ce que vous allez bien, Commandant?" demanda Maas en posant sa main sur son bras alors qu'il titubait légèrement.
"Oui, oui", répondit Tucker une fois son bref accès de nausée passé. Le docteur Phlox lui avait prescrit un antinauséeux, mais la plupart du temps, cela ne faisait que l'empêcher de vomir, et cela n'améliorait pas du tout son état. Il replia sa tablette et se força à prendre une voix enthousiaste. "Vous m'aviez promis de me montrer la matrice de communications."
Maas le tira par le bras pour l'emmener plus loin. "Regardez-moi. Je suis une horrible hôtesse. J'ai apporté des cookies au chocolat que mon mari a préparé hier en l'honneur de mes nouveaux amis de la Terre, et j'ai complètement oublié de vous en offrir. Pourquoi ne ferions-nous pas une petite pause? Allons dans mon bureau. Nos... amis sont aussi les bienvenus." Elle fit un geste à l'intention des deux gardes de sécurité, qui la regardèrent étonnés, mais leur emboîtèrent le pas. "Les cookies au chocolat sont très à la mode depuis peu sur Proxima. Vous aimez cela?"
"Absolument", répondit Tucker tout en se demandant si cette nourriture ne dérangerait pas son estomac retourné. Maintenant qu'il y pensait, une pause serait probablement une bonne chose. "Enfin, j'admets que ceux aux noix de pécan sont mes préférés, mais je ne suis jamais contre de bons cookies au chocolat."
"Il faudra que vous m'en envoyer la recette", dit Maas. "Noix de pécan? C'est quoi, du pécan?"
"Une sorte de graine d'accompagnement", répondit Tucker tandis que Maas utilisait sa carte de sécurité pour ouvrir une porte. Il la suivit dans une grande salle aux allures de laboratoire. Quelques vestiaires étaient regroupés dans un coin, et Maas se dirigea vers l'une d'entre eux. Il ne fut pas étonné de découvrir que Maas en avait un strictement identique aux autres, même si elle était responsable de tout le service.
Maas en sortit un plateau qu'elle posa sur son bureau. Tucker vit des photographies de Maas et d'un homme, vraisemblablement son mari, dans divers lieux exotiques, encadrées sur son bureau.
"Ils ont l'air succulents", fit Tucker.
"Est-ce qu'ils ont l'air correct? Ils sont censés être aussi plats que cela? Mon mari n'était pas sûr."
"Ils sont parfaits," la rassura Tucker alors qu'elle lui tendait le plat.
"J'ai cru comprendre que l'on servait du lait avec des cookies, mais je n'en ai pas. J'ai bien essayé avec du café la nuit dernière, mais cela n'a pas bien fonctionné." Maas indiqua une machine de l'autre côté de la salle. "Vous voulez un café? C'est notre vice préféré de la Terre."
"Vous avez adopté les choses les plus surprenantes de la Terre", fit Tucker. "Des cookies?"
"Et bien, c'est vraiment bon", se défendit Maas.
"Ce n'est pas moi qui vous dirai le contraire", dit Tucker tout en grignotant son gâteau. Elle avait raison, les cookies étaient vraiment très bon. Pourtant, son mal de tête continuait de le harceler de plus belle. "Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les gens sont tellement remontés contre les négociations commerciales."
"Tout le monde pense que nous nous contenterons d'abonder à tout ce que voudra la Terre, pour rester dans vos bonnes grâces, et que nous n'obtiendrons rien du tout." Maas prit un autre cookie. "Je déteste avancer technologiquement en obtenant tout de la Terre. Trip, vous êtes génial, et je vous apprécie beaucoup, mais cela me gêne au plus haut point que nous n'ayons pas développé cette technologie nous-mêmes. J'aurais préféré que nous nous débrouillions tout seuls, et c'est ce que pense la plupart des Centauris. C'est juste que personne ne voie ce que pourront nous apporter les négociations." Elle soupira. Elle alla prendre sa tasse de café. Elle tendit la sienne à Tucker en revenant. "Nous voulons faire partie du jeu, mais nous n'avons pas la technologie pour démarrer la partie. Nous n'avons pas de vaisseaux de guerre ou d'armes lourdes qui nous permettraient de nous faire respecter."
"Il y a d'autres manières de faire qu'avoir des armes de guerre", argumenta Tucker. "Vous n'avez pas besoin d'être des conquérants, comme les Andoriens ou les Tellarites."
"Alors dites-moi ce que vous voyez de plus important comme réalisation Centaurie? Qu'est-ce que nous avons à offrir? Soyez franc. Est-ce notre éducation? Notre culture? Nos personnalités fabuleuses?"
Tucker secoua la tête devant l'amertume contenue dans la voix de Maas. "Vous pourriez commencer par ne pas penser autant à la Terre", dit-il. "La galaxie est grande, vous savez. Nous sommes juste tout près l'un de l'autre, et nous avons beaucoup de valeurs en commun, comme les cookies au chocolat, et sur Terre, la joaillerie Centaurie est ce qu'il y a de mieux. Mais la Terre ne va pas vous en vouloir si vous faites des affaires avec d'autres peuples."
"A moins qu'ils ne soient pas vos alliés", précisa Maas.
"Bien sûr", admit Tucker. "Mais nous nous entendons avec bon nombre de peuples, même avec les Andoriens. Et les peuples avec lesquels nous n'entretenons pas de bonnes relations, personne ne s'entend avec eux. Les Klingons ne sont pas exactement du goût de tout le monde, avec leur culture entièrement tournée vers la guerre. Les Romuliens... Qui les connaît vraiment?" Il fronça les sourcils. "Vous n'avez pas l'intention de faire des affaires avec les Klingons ou les Romuliens."
Maas leva les mains. "Si vous le dites. Mais vous n'avez pas répondu à ma question. Quelle est la meilleure réalisation Centaurie?"
Tucker avala la dernière bouchée de son cookie. "Pour être parfaitement honnête, c'est votre proximité avec la Terre", dit-il.
"Et oui", réfléchit Maas. "C'est aussi ce que je pense."
"En plus de vos personnalités fabuleuses", ajouta Tucker avec le sourire.
Maas se força à sourire aussi. "Oui, nous sommes assez fabuleux, il faut l'admettre."
"Absolument. Et de grands cuisiniers, aussi. Je n'ai pas..."
Avant que Tucker puisse finir sa phrase, il eut l'impression que l'univers se figeait et se désintégrait autour de lui. La dernière chose qu'il vit avant que de ressentir l'impression familière de la téléportation fut la transformation du sourire moqueur de Maas en expression d'horreur.
 
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Archer tint la porte pour Sato, puis la suivit d'un pas rapide jusqu'au centre où se tenaient les négociations. Leur déjeuner avait pris plus de temps que prévu, et ils étaient en retard. D'après l'horloge accrochée au mur, ils étaient cependant pile à l'heure et Archer fut rassuré. Pendant le déjeuner, Travis Mayweather étaient venu les saluer et leur raconter son propre repas avec la délégation Boomer. Cela avait donné de quoi réfléchir à Archer. Selon Mayweather, Lisa Kearney, la fille de la déléguée Jacqueline Kearney, avait mentionné que leur vaisseau, le Fortitude, avait rencontré un navire Klingon en chemin pour les négociations. Lisa Kearney n'avait pas employé le mot "rendez-vous", et selon Mayweather, elle n'avait pas sous-entendu que leur rencontre avait été programmée. Au lieu de cela, elle avait raconté leur peur quand un oiseau de proie s'était démasqué juste devant le Fortitude désarmé, et que le capitaine du Fortitude avait échangé quelques insultes et autres mondanités du genre avec le capitaine Klingon, avant que le navire ne repasse en camouflage, apparemment pour reprendre sa route.
Mais pour Archer, la véritable histoire était cachée derrière les paroles de Mayweather. Pour lui, cela signifiait que les Boomers avaient reçu les informations cachées dans l'esprit de Tucker. Archer imaginait la scène, pendant que les deux capitaines s'affrontaient verbalement. Un subordonné avait dû secrètement transmettre les infos par la porteuse du signal. De nouveau, Archer maudissait Harris pour ne pas avoir voulu lui révéler de quel genre étaient ces informations.
Le reste du déjeuner s'était passé agréablement avec Sato, à discuter de leurs impressions sur les motivations cachées des différentes délégations. Il était particulièrement intéressé par l'estimation de Sato des Centauris, leur recherche de légitimité. Il comprenait parfaitement leur besoin, la Terre ayant elle-même été retenue trop longtemps à l'écart par les Vulcains. Même maintenant, les Vulcains avaient tendance à considérer les Humains comme des enfants indisciplinés. Au cours de leur conversation, Archer réalisa qu'il percevait les délégués Centauris et Dénobuliens comme des parties mineures, sans pertinence, des amis qui n'avaient pas la puissance ou l'autorité suffisante pour négocier. Il se faisait l'idée qu'il n'y avait aucun doute sur le fait qu'ils soutiendraient la politique de la Terre. Il se jura de corriger cet a priori dangereux et faux.
"Que se passe-t-il?" demanda Sato en regardant autour d'elle dans la salle qui bourdonnait des bruits de conversations. "Les portes ne sont pas encore ouvertes. Et je ne vois pas les délégués Centauris ni Saan Phal."
"Shh", dit Archer en posant une main sur son épaule pour l'empêcher de continuer après avoir vu un journaliste près d'eux, occupé à faire un reportage devant un caméraman. Son micro planait au-dessus du journaliste comme un oiseau mouche.
"Aux dernières nouvelles des négociations", disait le journaliste avec un sourire moqueur. "Le début de la prochaine réunion est retardé. On nous a annoncé que les portes ne s'ouvriront que dans une demi-heure. Les rumeurs abondent pour expliquer ce retard, mais Saan Phal, le célèbre avocat qui est sorti de sa retraite pour mener les négociations, n'a donné aucune explication. Pourtant", continua le journaliste en baissant la voix pour se donner un air de confident, "elle a provoqué une réunion privée de plus d'une heure avec les délégués Tellarites et Andoriens. Aucun des quatre délégués n'a fourni d'explication, mais les tensions et l'animosité entre les deux planètes est bien connue." Le journaliste se redressa et reprit le cours officiel des informations. "Parmi les autres informations, le vote demandé par la ligue Centaurie de l'union du transport extra-planétaire de marchandises a provoqué les sentiments les plus divers, et comme lors des autres votes, la position Centaurie serait plutôt contre ces nouveaux accords commerciaux..."
Archer et Sato s'éloignèrent du journaliste, leur curiosité satisfaite quant au retard. "Une demi-heure?" dit Archer en regardant autour de lui. Naturellement, tous les sièges étaient occupés.
Sato pointa du doigt un groupe dans la salle. "Voilà le commandant T'Pol, avec le lieutenant Reed."
"Nous ferions aussi bien de les rejoindre", proposa Archer tout en se dirigeant vers eux, Sato sur ses talons.
"Capitaine", dit T'Pol en le saluant. "La réunion est retardée."
"Je l'ai appris", répondit Archer. "Est-ce que Malcolm vous a mise au courant?"
"Oui", répondit T'Pol.
"J'ai parlé à nouveau à l'Enseigne Mayweather", ajouta Reed. "Il a rencontré quelques amis Boomers et est parti visiter leur navire. Ah, et le docteur Phlox s'est manifesté aussi. Il a été invité à visiter des installations médicales aujourd'hui, et il est sorti du vaisseau. Il tenait à vous rassurer, l'infirmerie dispose de suffisamment de personnel en son absence."
"Très bien", dit Archer, l'esprit ailleurs. "Avez-vous organisé une réunion avec notre ami?" Archer s'inquiétait toujours d'Harris.
"Oui, Monsieur. C'est pour ce soir."
"Vous viendrez m'en donner les détails après les négociations de cet après-midi", lui commanda Archer. Reed hocha la tête. Archer voyait que Sato était folle de curiosité, mais elle se contenta de rester docile et alerte. Il se rendit compte que la moitié de ses officiers supérieurs ignorait encore le schéma global de cette opération. Finalement, seuls lui, T'Pol, Tucker, et Reed connaissaient l'histoire secrète d'Harris, de la section 31, et du rôle de Reed dans cette organisation. De même, bien qu'il soit probable que tout le monde sur l'Enterprise sache que la mémoire de Tucker avait été modifiée, la sécurité qu'il avait mise en place pour garder ce dernier sous surveillance limitait à quelques officiers les plus proches le nombre de personnes au courant de l'extraction d'informations secrètes par les Klingons et remises apparemment avec succès aux Boomers. Quand les réunions de l'après-midi seraient finies, il faudrait qu'il explique les choses une fois pour toutes à tous ses officiers. Il devenait trop difficile de se rappeler qui était informé de quoi.
Le communicateur de T'Pol bipa. "Veuillez m'excuser", fit-elle en l'ouvrant. "Ici T'Pol."
"Commandant", fit une voix peu familière dans l'appareil. "Ici le lieutenant Giordano. Nous avons un problème, un gros, gros problème. Je sais que le Capitaine est en négociation, mais..."
"C'est l'un des gardes affectés à la sécurité du commandant Tucker", murmura Reed à Archer qui fronçait d'un coup les sourcils, inquiet.
Archer saisit le communicateur de T'Pol. "Je suis là, lieutenant, de même que le lieutenant Reed."
"Capitaine, le Commandant Tucker a disparu."
"Que s'est-il passé?" demanda Archer, l'estomac serré.
"Il a été téléporté", répondit le lieutenant, la voix tendue, avant qu'une autre voix ne lui coupe la parole. "Capitaine Archer? Ici Rao Maas."
"Docteur Maas", fit Archer en guise de salut.
Maas expliqua la situation de manière rapide. Archer entendait le malaise qui transparaissait dans sa voix.
Archer se rappela qui elle était, l'ingénieur chargée du transfert de technologie sur la distorsion cinq.
"Très bien, Docteur Maas", dit Archer. "Je voudrais vous envoyer mon chef de la sécurité, le lieutenant Reed, pour mener les recherches. Cela vous pose-t-il un problème?"
"Non, non", répondit Maas. "Mais vous devriez vous dépêcher. Je vous suggère de venir ici avant que la police Centaurie arrive. Je ne peux faire autrement que de les appeler."
Reed s'approcha du communicateur et regarda Archer, prêt à agir. Archer hocha la tête, lui donnant son accord tacite. Reed répondit lui-même à Maas. "Je voudrais que mes deux gardes de sécurité restent sur place, et je souhaiterais interroger tous ceux qui étaient présents lors des faits", demanda Reed.
"Compris", dit Giordano. "Nous sommes dans le bureau du docteur Maas, dans le secteur trois du service de constructions navales."
"Allez-y", indiqua Archer en montrant la porte de la tête. "Et je veux un rapport en personne dès que les négociations de l'après-midi seront terminées."
"Attendez, il se passe quelque chose", fit Sato soudainement.
Les écrans de la salle s'allumèrent à l'unisson, puis montrèrent une vue de l'Enterprise en orbite autour de Proxima du Centaure. Archer reconnut les différentes navettes de transport qui partaient du vaisseau en direction de la planète.
"Attention", gronda une voix masculine grave et sévère par les haut-parleurs de chaque écran, créant un écho qui donnait un air dramatique à l'annonce. "L'Empire Stellaire Romulien va vous faire une... démonstration. Ceci sera notre seul et unique avertissement."
"Oh non", murmura Sato en agrippant le bras d'Archer tout en fixant l'écran le plus proche. La crainte qui perçait dans sa voix rivalisait avec l'adrénaline qu'Archer sentait dans ses veines.
Archer ne put détacher son regard de son navire. Il vit une forme étrangère miroiter derrière l'Enterprise et se précipiter dessus par le dessus. A l'instant où il fit feu, il sentit la main de Sato serrer fort son bras. Le faisceau d'énergie frappa la soucoupe de l'Entreprise, provoquant une formidable explosion qui fit basculer l'assiette du vaisseau vers le bas. Son vaisseau commença immédiatement à dériver sous la force de ce coup direct. Les agresseurs firent aussitôt demi-tour et leur vaisseau miroita à nouveau, disparaissant avant même de sortir du champ de la caméra.
Plusieurs secondes passèrent dans un silence absolu.
"Oh mon dieu", chuchota-t-il en voyant les corps de plusieurs de ses membres d'équipage flotter dans l'espace par la plaie béante. Le vaisseau continuait de dériver, son assiette de plus en plus oblique, l'orbite rompue. La caméra modifia son angle de vue pour garder le navire dans son champ. Plusieurs navettes avaient été atteintes par le souffle de l'explosion et tournoyaient hors de contrôle. D'autres navires, sur leurs trajectoires, commençaient à s'éloigner pour se mettre à l'abri.
Puis le silence fit place d'un coup à un chaos de voix autour de lui. Tout le monde se mit à crier. Archer entendit même le journaliste s'exclamer avec enthousiasme "Tu as eu ça? Dis-moi que tu l'as."
La voix forte du Romulien couvrit facilement le brouhaha de la salle. "Quiconque aidera les Humains sera considéré comme l'ennemi de l'Empire Stellaire Romulien. Vos négociations doivent cesser."
"Sortons d'ici, vite ", hurla Reed d'un coup en attrapant le bras libre d'Archer pour le tirer violemment. "Capitaine, Commandant, il faut sortir d'ici immédiatement. Hoshi, venez. Vous ne pouvez rien pour eux."
Archer réagit automatiquement au ton d'urgence de son officier, encore sous le choc. Il comprenait le symbolisme de cette frappe, de cet avertissement lancé pour faire peur et non pour détruire. Il aurait suffi pour cela de viser les nacelles ou le réseau de puissance. L'Enterprise n'avait pas explosé, il était réparable. Mais ce n'était pas le cas des corps qu'il avait vus éjectés dans l'espace. Le coup porté était l'équivalent d'une attaque contre la Terre elle-même.
Reed les entraîna le plus vite possible hors de la salle, empêchant Archer d'entendre le reste du message Romulien, même s'il continuait d'entendre le bruit de sa voix. Sato lui lâcha le bras alors qu'ils dévalaient à toute vitesse les escaliers de métal d'une des sorties de secours, en direction de l'extérieur du bâtiment. Il entendit alors derrière lui une formidable explosion, au moment exact où Reed poussait la porte qui donnait sur la rue.
"Bong sang! Courez! Ne vous retournez pas, éloignez-vous du bâtiment! Mais courrez, plus vite!" Reed hurlait en tournant la tête vers eux. Archer accéléra encore l'allure.
Il aurait dû s'en douter lui-même. Quand le vaisseau s'était démasqué une seconde fois, cette fois-ci dans l'atmosphère, sa cible était le centre où se tenaient les négociations.
La dernière chose qu'il sentit fut l'effondrement du bâtiment derrière lui. Puis la force du souffle le rattrapa et il fut jeté à terre.
A suivre...
 
   
 
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